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Vignerons de père en fils

La famille Lafarge figure-t-elle parmi les vieilles familles de Lugny ? Assurément, si l’on en croit les plus anciens registres paroissiaux conservés pour Lugny, qui remontent au milieu du XVIIe siècle et mentionnent fréquemment ce patronyme, en particulier Philibert (de) Lafarge, le plus ancien de la lignée installé à Lugny, qui naquit dans les premières années du XVIIIe siècle, se maria à Lugny le 4 février 1727 et y fut vigneron, au hameau de Collongette.

Trois siècles plus tard, cette famille dont les membres ont, pour la plupart, presque toujours cultivé la terre (et, aujourd’hui, la vigne) est, en nombre, l’une des plus importantes de Lugny. Parmi ses membres figurent Joseph, Robert et… Anthony (qui se trouve être l’arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils de Philibert). Trois générations de vignerons… et plus d’un demi-siècle de tradition !

Joseph, né en 1925, intrônisé chevalier de la Confrérie du Tastevin lors de la Saint-Vincent organisée le 24 janvier 2009 à Mâcon. A ses côtés, son fils Robert et son petit-fils Anthony.

Un jeune retraité actif : Robert, né en 1950.

La relève ! Anthony, né en 1985, et son amie Sandrine.

Interrogé en 2002 dans le cadre de la préparation d’un ouvrage portant sur l’histoire contemporaine de Lugny, Joseph avait raconté le travail de la vigne tel qu’il l’avait connu avant la guerre, à une époque où, la mécanisation agricole n’étant pas ce qu’elle est devenue, elle se cultivait presque exclusivement… à la main. « Notre principal travail était bien sûr celui de la vigne. Tout débutait en fin d’année, un peu après les vendanges, par le buttage, opération qui consiste à recouvrir de terre la base des ceps pour les protéger du gel à l’aide d’une charrue dénommée butoir. Puis venait la taille – qui occupait une partie de l’hiver – et le sarmentage qui consistait à déblayer à la fourche les sarments laissés au milieu des rangs et à les entasser à côté de la parcelle pour les brûler. Nous préparions ensuite les vignes aux pliages, tirant les fils de fer et remplaçant certains piquets. Venait alors le temps du pliage des baguettes qui devait être effectué avant que la vigne ne commence à pousser. Il fallait ensuite effectuer le débutage qui consistait à dégager les pieds de vigne de la terre dont ils étaient recouverts depuis plusieurs mois à l’aide d’une charrue dite à débuter ; le milieu des rangs de vignes, rendu chaotique par le passage de cette charrue, devait être aplani à l’extirpateur, outil doté de cinq pattes de charrue qui permettaient d’égaliser la terre. Intervenait alors le mondage que nous effectuions à la main et qui consistait à enlever ce qui avait poussé au pied des ceps – les mauvais bourgeons – afin d’en débarrasser la vigne et de lui redonner de la vigueur. Il fallait ensuite relever la vigne – autrement dit accoler – en l’attachant à l’aide d’osiers préparés pendant les soirées d’hiver. Puis, à l’aide d’une cisaille à main, on enlevait tout ce qui dépassait dans les rangs. Alors seulement pouvaient débuter les vendanges, généralement entre le dix et le quinze septembre ; elles duraient parfois près d’un mois. Indépendamment de tous ces travaux, il fallait encore, tous les dix jours environ, sulfater la vigne – soit six à huit traitements par an –, sachant qu’on ne sulfatait plus à compter de la fin du mois de juillet. Cette opération s’effectuait avec un pulvérisateur à dos – ces célèbres bidons de cuivre de la marque Berthoud ou Vermorel – mais avant la guerre est apparue la sulfateuse interlignes qui, tirée par un cheval, permettait de traiter mécaniquement deux rangs à la fois. Mon père s’en acheta une un peu avant la guerre, ce qui nous facilita bien la tâche ! Les vendanges, parce qu’elles récompensaient le vigneron d’une année d’efforts, tenaient une place à part dans le calendrier agricole. La façon de procéder était immuable. Une fois leur seau rempli, les vendangeurs en versaient le contenu dans la hotte que portait le porteur de hotte. Celui-ci vidait son chargement dans des baignoires qui, une fois pleines, étaient transportées en char à la cave coopérative pour y être vidées dans des wagonnets – à la fourche, l’ingénieux système de déversement des douilles n’existant pas encore. Les vendanges se terminaient par la célèbre r’vole, traditionnel repas du soir amélioré pour l’occasion pendant lequel la famille et ses vendangeurs faisaient la fête, avec gaufres et vin blanc. Les vendanges étaient l’occasion d’un certain brassage de population. Les vendangeurs, en effet, étaient souvent des étrangers – Bressans, Montceliens… – et il est arrivé plus d’une fois qu’un jeune épouse une belle vendangeuse venue de loin ! Chez nous, ils étaient souvent une huitaine, ce qui faisait donc, avec les membres de ma famille, une quinzaine de vendangeurs sur les rangs. Pendant les trois à quatre semaines que duraient les vendanges, Lugny connaissait une agitation inhabituelle ; le soir venu, les vendangeurs traînaient sur les routes et se retrouvaient dans les cafés. » (d’après « Lugny, mémoire de pierres, mémoire d’hommes » écrit par Frédéric Lafarge et Paulette Berthaud et publié en 2004 par la bibliothèque municipale de Lugny)

Les vendanges chez les Lafarge pendant la dernière guerre. Joseph, sa hotte sur le dos, s’est hissé
sur le char portant la « baignoire » utilisée pour transporter la vendange jusqu’à la
coopérative vinicole, où elle sera déchargée… à la fourche !